Les débuts de l'industrialisation

L'arrivée massive des migrants de l'intérieur

Les dernières décennies du XIXe siècle sont celles de la reconstruction et d'une première phase de croissance soutenue de la population avec l'arrivée des maraîchers chassés des abords immédiats de Paris. En effet, jusque dans la première moitié du XIXe, l'activité maraîchère était principalement située dans Paris intra-muros. En 1855, apprenant la prochaine annexion des communes suburbaines de Paris, leurs habitants quittent leurs villages, pour s'installer en banlieue. C'est en 1856, que les premiers maraîchers arrivent sur Bobigny. Ils viennent de Noisy-le-Sec !

Jardin maraîcher

Maraîchers

 

Quatre ans plus tard, la commune voit un premier afflux de migrants originaires essentiellement de localités du sud-ouest et de l'est de Paris, telles que Vaugirard, Gentilly, Saint-Mandé ou Vincennes. Suivront les Alsaciens et les Bourguignons, faisant dire à l'abbé Ferret en 1908 :

« Cet art nouveau s'est implanté dans notre commune depuis une quarantaine d'années, importé par de nouveaux venus, qu'on appelle maraîchers. C'est la Bourgogne qui les a fournis. Bobigny a subi une invasion de Bourguignons ».

En 1896, plus de 70 % de la population balbynienne est née hors du village.

Des infrastructures insuffisantes

Face à l'afflux de cette nouvelle population, le cadre de la commune rurale s'avère inadapté. La commune est faiblement équipée. Les principaux services publics sont situés à l'extérieur de Bobigny : le commissariat, la justice de paix et la perception sont à Pantin. La gendarmerie et le personnel médical sont à Noisy-le-Sec. Le centre-ville concentre les principaux édifices comme la mairie, la poste ou l'église. Il y a deux écoles publiques (une école des filles et une école des garçons) et une petite école privée dépendant d'un hospice tenu par des religieuses. Il n'y a ni égout ni électricité et l'eau provient des puits. L'intervention municipale dans la vie des habitants est minimale.

Élèves de l'école des filles, rue de la République

Élèves de l'école des filles, rue de la République

École des garçons, rue de l'Union

École des garçons, rue de l'Union

Un siècle de modernisation

En un peu plus d'un siècle, le territoire de la commune connaît de grands bouleversements :

En 1816 se termine la première phase de travaux de la construction d'un des trois canaux prévus par Napoléon Bonaparte pour approvisionner en eau la ville de Paris (canal de l'Ourcq, canal Saint-Martin et canal Saint-Denis). Lors des travaux du canal de l'Ourcq qui passe par Bobigny, des problèmes d'étanchéité provoquent l'inondation de caves du village, pourtant situées à plus de 700 mètres au nord. Le chantier s'achève en 1822.

Le canal de lOurcq

Le canal de l'Ourcq

Entre 1845 et 1854, naît la Compagnie du chemin de fer de l'est dont la ligne passe au sud du territoire de Bobigny, le long du canal. Cette voie ferrée accueille une ligne complémentaire en 1880, augmentant ainsi le maillage ferroviaire du territoire..

En 1875, le réseau ferré, qui jusque-là assurait les liaisons du centre vers l'extérieur de Paris, s'étend de façon transversale entre les communes de la périphérie. Le projet de grande ceinture est adopté. Une section de ces voies passe par Bobigny. En 1882, une « halte » est ouverte dans l'actuel quartier du Pont-de-Pierre, au milieu des champs.

La halte de Bobigny

La halte de Bobigny

En 1884, une partie de la commune (34 hectares) est annexée par la ville de Paris pour l'installation du cimetière dit de Pantin.

En 1902, le tramway relie Bobigny à la place de l'Opéra à Paris. Il s'agit d'un embranchement de la ligne Le Raincy-Opéra par Bondy. L'ouverture de cette ligne provoque immédiatement la création des premiers lotissements ouvriers.

Les premiers tramways Bobigny-Opéra

Les premiers tramways Bobigny-Opéra

En 1928, la création d'une ligne complémentaire partant de Bobigny jusque Sucy-Bonneuil est décrétée : longue de 21 kilomètres, elle traverse la commune. Une gare remplace la halte.

La gare de Bobigny

La gare de Bobigny

 

Du bourg rural à la banlieue urbaine

En quelques décennies, le village rural qui comptait 1937 habitants en 1901 devient une cité de plus de 17 000 personnes en 1931. La population est désormais dominée par des ouvriers et des employés. Le Père Lhande décrit l'expansion de l'habitat sur le territoire communal en ces termes :

« La marée des nouveaux venus s'étale sur des espaces presque inaccessibles et qui ne sont reliés au village que par des chemins de terre détournés .»

Ces transformations profondes apparaissent également dans la vie politique locale où l'on voit le monde rural se réunifier face aux nouveaux venus, traduisant une coupure entre anciens et nouveaux habitants.

Le nouveau village de Bobigny

Le nouveau village de Bobigny