Culture

Les mur(mures) de Claire Courdavault - Interview

L'artiste Claire Courdavault, en résidence au collège Jean-Pierre-Timbaud, explore les figures nocturnes avec une classe de 6e. Une composition collective qui a pris place le 6 février à la bibliothèque Elsa-Triolet, au cœur d'une exposition d'art contemporain.

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Pourquoi avez-vous choisi de travailler sur les " habitants de la nuit " avec les collégiens de Timbaud ?

Dans le cadre du programme "Œuvres en résidence ", l'association Citoyenneté jeunesse demande à des artistes de sélectionner des œuvres du Fonds d'art contemporain du 93 qui résonnent avec leur propre pratique.

J'ai choisi des dessins en noir et blanc de Lulu Larsen peuplés d'animaux bizarres qui se rapprochent de mes gravures sur verre peint de la série " Luche obscura ". De là, on a monté le projet avec la classe de 6e. Puis on a rencontré Nathalie Lafforgue, la responsable de la collection départementale d'art contemporain, qui leur a montré plein d'œuvres sur la nuit, qu'on a décidé d'exposer avec l'idée d'y insérer leur propre travail.

Les collégiens ont tout de suite pensé à la bibliothèque comme lieu d'exposition. Et ils ont élaboré le corpus de textes, à l'origine de la pièce finale, à partir de livres sélectionnés par les bibliothécaires.

Êtes-vous partie du travail des élèves pour réaliser la fresque qu'on peut voir en ce moment à la bibliothèque ?

Au départ, les bibliothécaires m'avaient demandé d'animer un atelier, mais j'ai préféré peindre une oeuvre in situ. Je me suis nourrie du travail des enfants, des ouvrages sélectionnés par la bibliothèque et de mes propres recherches et improvisations.

Le lieu m'a quand même beaucoup influencée : je suis dans la narration avec plusieurs petites histoires dessinées qui s'entremêlent.

L'important, pour moi, était de réaliser une sorte d'arche qui symbolise un passage vers la nuit. Vers la composition en cartes à gratter des collégiens dans laquelle le noir domine.

Qu'est-ce qui vous plaît dans le street-art ?

On a un rapport à l'espace et au tracé vraiment différent, on dessine avec tout son corps, on est carrément immergé dans le dessin. On doit aussi s'adapter à chaque mur. Aucun n'est pareil.

J'apprécie également le côté militant de l'art dans la rue. Il n'y a pas besoin de payer un musée, pas besoin de médiation. Les gens ont un rapport direct à l'oeuvre. Ils peuvent s'en emparer. C'est moins cloisonnant.

Vous souvenez-vous de votre premier graff ?

Oui, c'était en 2013 à Ménilmontant (Paris, 20e) : un graffeur, Alex, m'avait invitée à peindre rue des Maronites. Lui avait fait un portrait de femme indienne et moi un dessin plus organique avec un gros cœur anatomique rempli d'objets qui ressemblaient à ceux de mes carnets de croquis.

Ça correspond à l'époque où j'ai acquis mon style, j'ai commencé à dessiner tout le temps en suivant mon imagination, comme sous hypnose. J'ai inventé mes propres symboles tandis que d'autres venaient d'un peu partout dans le monde.

 

Propos recueillis par Frédérique Pelletier de Bonjour Bobigny

La nuit remue, jusqu'au 29 février à la bibliothèque Elsa Triolet, entrée libre