Patrimoine et histoire

L'ancienne gare de déportation : un musée de la mémoire ouvert sur la ville

Les travaux d'aménagement paysager et scénographique du site de l'ancienne gare de déportation de Bobigny ont commencé en août dernier. La livraison de ce lieu unique de souvenir et de témoignage de la déportation des Juifs de France est attendue pour janvier 2022.

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Un projet à ciel ouvert

Attendus depuis le départ du ferrailleur Lautard en 2005, les travaux d’aménagement paysager et scénographique du site de l’ancienne gare de déportation de Bobigny ont enfin commencé.

C’est en août dernier que les équipes de l’entreprise Emulithe, spécialisée dans les Voiries et réseaux divers (VRD), ont donné les premiers coups de pioche. Elles ont d’abord défriché les terrains où la végétation sauvage avait proliféré et où des arbres « invasifs » s’étaient enracinés. Elles ont ensuite procédé au terrassement et au déblayage de dépôts sauvages. Place, depuis quelques jours, à la création des réseaux et noues de recueil des eaux de pluie. Suivra ensuite le traçage des cheminements et voies d’accès. Ainsi, pierre après pierre, la réalisation d’un lieu de souvenir et de témoignage de la déportation des Juifs de France par les nazis prend forme. Sa livraison est attendue pour janvier 2022.

En sauvant, en 1987, cette ancienne gare ferroviaire de la démolition, la ville de Bobigny affichait déjà la volonté de préserver les traces matérielles de cette histoire sombre de la Seconde Guerre mondiale : de l’été 1943 à l’été 1944, vingt-et-un convois de déportés juifs sont partis de la gare de Bobigny à destination des camps d’extermination d’Auschwitz-Birkenau. Aujourd’hui, le bâtiment voyageurs, la halle de marchandises, les rails et les pavés sont autant d’éléments qui perpétuent – tout comme les témoignages et les documents historiques – le souvenir du drame qui s’est joué sur ce site il y a plus de 75 ans.

Aux antipodes des classiques musées « fermés », le projet d’aménagement paysager et scénographique de l’ancienne gare propose un musée à ciel ouvert, intégré à son environnement urbain. Il est pensé pour remplir une fonction commémorative, permettant la tenue de cérémonies de recueillement en mémoire des 22 453 déportés partis de Bobigny. L’autre fonction, pédagogique, vise à expliquer, notamment aux plus jeunes, une étape essentielle de la déportation et de l’extermination des Juifs d’Europe à travers un parcours de visite de plein air. Le projet s’articule donc autour de quatre espaces que nous vous détaillons en page suivante.

Chronologie

  • 1928 : construction de la gare de la Grande ceinture, à Bobigny.
  • 1930 : construction de la halle de marchandises
  • 1939 : arrêt du transport de voyageurs
  • 1943-1944 : 21 convois de déportés partent pour Auschwitz-Birkenau
  • 1954 : installation de l’entreprise de ferraillage Lautard
  • 1987 : la Ville s’oppose à la démolition
  • 1992 : la mairie appose une plaque commémorative
  • 2005 : départ de l’entreprise de ferraillage
  • 2005 : inscription à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques
  • 2006 : création d’une Mission de préfiguration du projet
  • 2011 : accord avec la SNCF pour le transfert du terrain à la Ville
  • 2013 : dépollution des sols
  • 2015 : inauguration, le 27 janvier, de la halle de marchandises restaurée
  • 2020 : début des travaux d’aménagement paysager et scénographique du lieu de mémoire

Témoignage de Lucien Tinader, Vice-président de l’Association fonds mémoire d’Auschwitz (Afma)

La pose des stèles dans l’Esplanade de la mémoire, une pour chaque convoi de déportés juifs de France, va permettre de ne pas oublier cette période si sombre de notre histoire. On travaille à ce projet presque depuis la création de l’Afma en 1987. On a récolté des fonds pour les payer. Les anciens déportés d’Auschwitz, qui sont à l’origine de l’Afma, voulaient qu’on se souvienne de ce qui s’était passé dans les camps d’extermination une fois qu’ils ne seraient plus là pour le raconter. Dans l’ancien camp de Drancy – la cité de la Muette –, où nous avons les locaux de l’association, nous recevons régulièrement des collégiens et lycéens afi n qu’ils rencontrent d’anciens déportés ou des enfants cachés pendant la guerre, comme ma femme et moi. Les jeunes d’aujourd’hui ne connaissent pas cette période de l’histoire. Pourtant, le père de ma femme est parti à Auschwitz et il n’est pas rentré. Moi, quinze personnes de ma famille ont été déportées, il n’en est rentré qu’une seule.


Partenaires financeurs : ministère des Armées, ministère de la Culture, SNCF, région Île-de-France, Est ensemble, Fondation du patrimoine, Fondation pour la mémoire de la Shoah, Association française pour la mémoire d’Auschwitz (Afma), Agence de l’eau Seine-Normandie, ville de Bobigny