Patrimoine et histoire

Hommage à Renée Février

En rebaptisant l'école Auguste-Delaune 2 à son nom, la ville de Bobigny a célébré la mémoire de Renée Février (1907-2003).

Pendant la Seconde Guerre mondiale, cette Balbynienne a caché au péril de sa vie deux enfants juifs : Maurice et sa sœur Renée Cechman. Cette dernière, âgée aujourd'hui de 89 ans, était présente à la cérémonie.

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MÉMOIRE

Ce samedi 30 juin, la Ville a rendu un très émouvant hommage à l'une des siennes, Renée Février, à qui l'Institut Yad Vashem de Jérusalem a décerné le titre de " Juste parmi les Nations " en 2013, pour avoir caché deux enfants juifs pendant la guerre.

L'ex-école Auguste-Delaune 2, située rue des Républicains espagnols, s'appelle ainsi désormais " Renée-Février ".

" En choisissant le nom de Renée Février, je souhaitais que les enfants de cet établissement aient conscience du courage et du sacrifice qui a été celui de Renée Février pendant la Seconde Guerre mondiale ", a souligné Stéphane De Paoli, ajoutant que " les vrais héros ne sont pas des gens extraordinaires. Ce sont les situations extraordinaires qui font de gens ordinaires de véritables héros. "

RUE DE L'INTERNATIONALE

En 1942, la Balbynienne, qui possédait une épicerie au 26, rue de l'Internationale, a caché les deux enfants de Hudja Cechman. Les deux femmes s'étaient connues à Paris, au marché des Halles, où Renée Février venait se ravitailler. " Elles allaient parfois boire un verre ensemble dans un café qui s'appelait Le palmier ", raconte Denise Le Corre, la fille de Renée Février, née en 1929, et qui se souvient bien de ces années : " Un jour, Hudja Cechman avait dit à ma mère : "S'il devait m'arriver quelque chose..." Ma mère lui avait alors immédiatement répondu : "Ne t'inquiète pas, je prendrai tes enfants". "

Denise Le Corre parle de sa maman avec tendresse et émotion : " Elle aidait tout le monde, elle avait bon cœur. C'était une maîtresse-femme qui ne perdait jamais les pédales. " " Ma grand-mère disait toujours qu'elle n'avait fait que son devoir ", fait valoir Marie- Christine Heintz, l'une des petites filles de Renée Février.

Présente à la cérémonie, Renée Cechman a confié " qu'elle se souviendrait toujours de ces années ". Elle se rappelle encore du jour où la police française est venue à la maison : " Je ne voulais pas quitter ma mère qui avait obtenu des policiers que je parte chez Renée Février à Bobigny. "

LE JOUR OÙ...

Renée Février a recueilli les deux enfants de son amie juive Ce matin du 21 octobre 1942, la police française frappe à la porte du petit pavillon des Cechman, rue de l'Étoile d'or à Chelles, à la recherche de Hudja Cechman, née à Varsovie. La dame est bien connue dans cette ville de Seine-et-Marne pour son activité de primeur sur les marchés.

Elle réussit à convaincre les policiers de confier son fils Maurice, alors âgé de 2 ans, à une voisine et de faire partir sa fille Renée, 14 ans, chez une connaissance à Bobigny. Hudja fit ensuite le funeste trajet vers le camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau, d'où elle ne revint pas.

Cette personne chez qui elle envoie sa fille, c'est Renée Février, épouse Thomas (1907-2003), qui tient une petite épicerie à Bobigny, rue de l'Internationale. Elles se sont connues sur le marché des Halles à Paris. Renée Cechman, qui est toujours vivante et habite aux Lilas, a ainsi trouvé mieux qu'un asile à Bobigny : un second foyer et un cocon protecteur.

Son petit frère Maurice, également recueilli par Renée Février et placé finalement dans une famille d'accueil à Bobigny pour plus de sécurité, est quant à lui décédé chemin du Tonneau, au cours du bombardement allié qui visait le nœud ferroviaire de Noisy-le-Sec, le 18 avril 1944. Il est enterré dans le carré militaire du cimetière communal de Bobigny.