Bobigny terre de cultures

Il n’est pas si loin le temps où Bobigny était connue pour ses cultures de fruits et de légumes. En 1929, la ville est le premier centre de production de la région parisienne, avec 140 maraîchers. Une activité qui a fortement marqué l’économie et le paysage de la commune, et qui est retracée dans une exposition proposée par la Ville à voir du 17 juin au 30 novembre à la Prairie du canal.

Quelques images de l'exposition "Bobigny, terre de cultures",  à découvrir à la Prairie du Canal.

Exposition réalisée par la ville de Bobigny - Iconographie : Archives municipales | Cercle d’études et de recherches historiques Bobigny Balbiniacum |

Bobigny, au temps des maraîchers

Avant la Révolution française, la paroisse de Baubigny tirait toutes ses ressources de la terre. Les cultivateurs produisent de la polyculture : froment, seigle, avoine, orge, pommes de terre (à partir de 1820), betteraves fourragères et fourrages. Les légumes « de plein champs » sont également très répandus : oignons, salsifi s, chicorée, ail, échalotes, artichauts et choux. Après la Révolution, les mêmes complètent leurs revenus avec des productions animales faciles à vendre, comme les oeufs ou le lait.

Mais Bobigny voit arriver au XIXe siècle une population nouvelle qui bouleverse son destin. Expulsés par les grands travaux du baron Haussmann, les jardiniers de Paris s’installent alors dans la proche banlieue. À Bobigny, le plus grand propriétaire terrien, le comte de Blancmesnil, saisit cette opportunité en lotissant et vendant certaines de ses terres, tout près du lieu-dit « Les Vieilles Vignes ».

Une urbanisation rapide

Dès 1880, les champs de polyculture subissent l’urbanisation et l’industrialisation face à l’essor démographique. Et en 1902, avec l’arrivée du premier tramway électrique, une population ouvrière s’installe massivement à Bobigny, bousculant une fois encore le destin du village.

Bien que travaillant la terre, ceux que l’on a appelés « maraîchers-primeuristes » n’ont en fait rien en commun avec le monde paysan. Membres de la corporation des maîtres jardiniers, ils appartiennent au monde urbain et forment des entreprises familiales, proches des commerçants. Ils s’installent à Bobigny avec leurs traditions et leurs pratiques, supplantant peu à peu le monde des cultivateurs et provoquant l’éclatement de la structure du village rural. Mais c’est bien aux maraîchers que Bobigny – première place de production maraîchère en région parisienne, devant Créteil – a dû sa fortune et sa renommée entre 1880 et 1914.

La ville a ainsi joué un rôle de premier plan pendant la Grande Guerre pour nourrir la capitale et fut distinguée pour son implication dans l’effort de guerre. En septembre 1918, un haut fonctionnaire du ministère de l’Agriculture s’adresse au maire en ces termes : « J’ai suivi avec le plus grand intérêt les efforts agricoles de la municipalité de Bobigny et je suis heureux de vous féliciter pour les résultats que vous avez obtenus et que j’ai signalés, en temps utile, à Monsieur le ministre de l’Agriculture et du Ravitaillement. J’avais moi-même, en passant en automobile, admiré vos blés. » La Ville reçut du coup une gratification financière exceptionnelle.

Une disparition progressive

Dans l’Entre-Deux-Guerres, la polyculture disparaît totalement et le maraîchage-primeuriste commence à diminuer. C’est dans les 1970, plus de cent ans après leur arrivée à Bobigny, que les maraîchers décroissent très rapidement. Avec la création du département de la Seine-Saint-Denis en 1964, qui a comme chef-lieu Bobigny, l’État cherche des espaces pour bâtir une préfecture, un tribunal, etc. Les maraîchers disparaissent alors progressivement… Dès lors, seuls les jardins ouvriers, créés en France par l’abbé Lemire à la fin du XIXe siècle et implantés tardivement à Bobigny lors de la Seconde Guerre mondiale, maintiennent la culture de la terre.

D.G.